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Épistolaire

Dernière mise à jour : 9 janv.



Le 7 novembre 2025, j'organise ma première séance d'écriture. Ces séances offrent un cadre, un moment hors du tourbillon de la vie, soit pour avancer dans ses propres projets d'écriture, soit pour laisser sa plume se faire emporter par un thème donné.


Ce jour-là, je me prête au jeu avec les autres participants, inspirée par le thème du jour: épistolaire.


Voici ce que ça a donné de mon côté:


Je retrouve ta lettre au fond d'un tiroir poussiéreux, alors que je vide mon bureau pour remplir mes boîtes de déménagement. Je ne l'ai encore jamais relue depuis.

 

La texture du papier durcie par le temps s'accroche à mes doigts. Comme si la missive pliée m'intimait de ne pas l'ouvrir. Ai-je vraiment besoin de la relire, alors que je la connaissais par cœur jadis?

 

Sans attendre de réponse à cette question rhétorique, mes mains déploient le premier pan de la feuille. J’espère malgré moi y découvrir mon nom, mais ce n'est évidemment pas le cas. Impossible, donc, d'être certaine que cette lettre m’était bel et bien adressée, même si tu l'as laissée sur ma table de chevet. Nul préambule non plus, nulle formule d'appel. « Mon bel amour», «Ma chérie»… Non. Pas un salut. Rien.


Deux phrases seulement.

 

Je n'en peux plus.

J'espère que tu me pardonneras.

 

Tu pouvais toujours espérer.

 

Mue par une colère sourde, je me mets à fourrager dans mes boîtes éparses à la recherche d'un crayon. Ironie suprême, le seul que je trouve est ton vieux stylo en métal. Celui-là même que tu as utilisé pour écrire ces deux traîtres lignes. Je déniche un bloc de feuilles et m'installe au bureau. Le stylo trace des sillons dans la page, mais refuse de laisser couler sa précieuse encre. Je sais que c'est stupide, mais je le prends comme un affront personnel. Comme si tu m'abandonnais une nouvelle fois.

 

Je lance le stylo sur le mur et l'impact crée une fissure. Tant pis. La maison est déjà vendue. J'essuie machinalement des larmes que je n'avais pas senti couler. Pour la première fois en dix ans, j'ai la rage de te répondre. J'ai besoin de t'écrire. Et je n’ai pas les moyens de le faire.

 

J'attrape mon téléphone, ouvre l'application de message texte et entre ton numéro. Je prends soin de commencer mon message par une formule de politesse en bonne et due forme, comme pour te montrer l'exemple.

 

Mon très cher Martin,

Va chier.

 

C'est tout? Non, ça ne peut pas être que ça. J’ai tellement de choses à te dire, à te reprocher, à te hurler… Je voudrais te faire comprendre à quel point ça ne se fait pas ce que tu as fait. T’expliquer comment ç'a été pénible d'élever seule deux enfants en bas âge, comment je n'ai jamais réussi à remonter la pente, comment j'ai pris quinze kilos que je n'ai jamais perdus, comment ton silence m'a jetée dans le gouffre de la dépression, comment tu hantes encore mes rêves, comment je te vois, et te verrai toute ma vie, quand je ferme les yeux, la corde au cou…

 

J'appuie sur Envoyer. Tu ne le recevras pas de toute façon.

 

À

travers mes larmes, je ne vois pas les trois points de suspension s'afficher à l'écran.



Pour participer aux séances d'écriture, c'est par ici:

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