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Shotgun


Ce texte pastiché du roman Soleil à coudre de Jean d'Amérique a été écrit dans le cadre du cours Le style par le pastiche.


Les ordures embrassent le sol, ramenant la neige fine à son état liquide malgré ses protestations. 


Suspendu aux lèvres de ma fenêtre, mon sac à dos portant le poids de mes mauvais choix, j’espère un miracle. N’importe quoi pour que l’Impala de Forêt noire ne montre pas le bout de son capot au coin de ma rue. M’man dort aussi dur que la rivière des Prairies gelée dans l’abîme de ce mois de janvier. Elle saura que je suis parti que si je ne reviens pas. Tu seras mon shotgun m’a dit Forêt noire. Ma main a empoigné la sienne en signe de reconnaissance pendant que la lame dans ma gorge m'empêchait de refuser cette tragique promotion.


Shotgun. Ce qu'on crie pour réserver la place de choix.


La blancheur funeste des phares de l’Impala balaie finalement les fenêtres givrées du salon. C’est la lumière au bout du duel. Celui que je viens de perdre contre toute la Zone 43 au terme de deux ans de délits mineurs. J’enfile sur ma tête mon capuchon en coton qui n’a de ouaté que le nom. Je m’engouffre du côté passager, sur la place chaude que mon prédécesseur vient de libérer en se terrant pour l’éternité sous une pierre tombale.


Shotgun. Cette place de choix que je n’ai pas choisie.


Les règles sont aussi claires que la nuit est sombre. Tuer ou être tué. Ton nom dans les journaux lus par ta mère en pleurs ou ton nom dans la bouche de tes ennemis racontant leur pire cauchemar.


Shotgun. Mon choix est clair. Je veux revoir ma mère, et danser avec elle.


Shotgun. Trois corps inertes sur le trottoir souillé.


Les égouts s’abreuvent du liquide gluant mêlé à la neige liquéfiée. Les ordures embrassent le sol, se vidant de leur dernier souffle de vie.


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